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Violences Intrafamiliales

La violence intrafamiliale

Les constats nationaux et internationaux :

 « L’abondante littérature internationale démontre de longue date que les effets délétères des risques d’exposition au stress, aux violences et aux négligences dans la toute petite enfance sont d’autant plus importants, au regard de l’âge de l’enfant, de l’intensité du traumatisme, de sa durée et de sa répétition » Rapport Blachais – 2017

En Janvier 2016, le Comité International des droits de l’enfant (CIDE de l’ONU) a reproché à la France de sous évaluer les chiffres des enfants victimes de violences intrafamiliales.

La Cour européenne des droits de l’Homme demande des comptes à la France pour l’affaire Marina, morte sous les coups de ses parents. Elle veut savoir ainsi si la France a “respecté son obligation de protéger Marina contre les agissements de ses parents”. Le procureur avait classé sans suite les signalements (Décembre 2017). Marina était suivie de longue date par l’ASE.

L’état français vient d’être condamné par la justice française en Septembre 2018 pour déni de justice pour le cas de violences intrafamiliales subie par une enfant de 5 à 7 ans. Cette enfant était suivie en AFD.

« Les violences intrafamiliales dont sont victimes les enfants sont encore tabous dans notre société. Signifie Agnès Buzyn (Ministre de la Santé et des solidarités) Lutte et mobilisation contre les violences faites aux enfants ». 02/03/2018

Aujourd’hui, le principe de Base, en France, pour tout citoyen et professionnel doit être : « En cas de doute, agissez !» (Ministère de la Santé et des Solidarités – Mars 2018).

 

Les chiffres :

Il existe peu de statistiques en France précises concernant l’exploitation et les abus sexuels des enfants, car ces crimes sont souvent cachés, secrets et associés à un sentiment intense de honte qui empêche les enfants et les adultes de demander de l’aide et de les dénoncer.

 « Dans notre pays, 2 enfants meurent chaque semaine sous les coups et les tortures de leurs parents. » M. Creoff – F. Laborde « les enfants martyrs » 2018

1% des enfants vivent au sein d’un couple violent et assistent aux scènes de violence du couple parental (chiffres sous-estimés). 143 000 enfants vivent dans un foyer où une femme a déclaré être victime de violences physiques et/ou sexuelles de la part de son conjoint ou ex-conjoint. 42% de ces enfants ont moins de 6 ans. En 2014, 35 enfants ont été tués suite à des violences conjugales.

Environ 1 enfant sur 5 serait victime d’inceste en Europe. En France, les chiffres ne s’élèveraient qu’à 6% (les chiffres seraient sous évalués), alors que dans les études des Pays anglosaxons, 22 % des femmes auraient été abusées dans leur enfance, 11 % des hommes, moyenne constatée dans plusieurs pays d’Europe et aux Etats Unis confirmant les chiffres européens d’un enfant sur cinq. Parmi les athlètes de haut niveau, 11.9 % auraient été abusés par une personne proche dans le milieu sportif. (« Le colosse aux pieds d’argile »)

Définir les violences intrafamiliales :

 

« L’abus ou la maltraitance à enfant consiste dans toute forme de mauvais traitement physique, émotionnel ou sexuel, la négligence ou le traitement négligent, ou les formes d’exploitation, dont commerciales, résultant en un mal effectif ou potentiel à la santé de l’enfant, à sa survie, à son développement ou sa dignité dans le contexte d’une relation de responsabilité, confiance ou pouvoir. » (Rapport Blachais Février 2017)

 

Quatre catégories de mauvais traitement selon l’OMS en 2002

  1. Maltraitance physique
  2. Maltraitance psychologique (dont le fait d’être exposé à la violence conjugale)
  3. Maltraitance sexuelle
  4. Négligence (absence de mobilisation de l’adulte dont dépendent le présent et l’avenir de l’enfant.

Les abus sexuels et toutes sortes de violences se caractérisent par le fait qu’elles se produisent et se reproduisent au sein même de la famille dans 91 % des cas. Elles sont présentes sur plusieurs générations. On les nomme violences intrafamiliales, elles sont souvent le résultat d’un contexte social, familial et transgénérationnel. Elles comprennent aussi les victimes de corruption et d’emprise familiale.

Nous observons les symptômes suivants :

  • Comportements sexualisés,
  • Agressions sexuelles,
  • Propos à caractère sexuel,
  • Dissociations,
  • Violences physiques,
  • Insultes et Menaces,
  • Vols,
  • Troubles du Comportement,
  • Retard scolaires, troubles du langage,
  • Collage à l’adulte ou Rejet massif,
  • Problèmes de Santé (bobologie, fragilités, fractures récurrentes),
  • Angoisses au moment du coucher, problèmes d’endormissements,
  • Retards du développement psychoaffectif,
  • Hyperadaptation,
  • Troubles mnésiques, Troubles de la concentration, hyperactivité,
  • Fugues,
  • Arrêt ou ralentissement dans les courbes de poids et/ou de croissance,
  • Consommations de drogues ou alcools

Cette liste est non exhaustive.

 

La prévention et la formation auprès des professionnels :

*Travailler sur le développement de l’enfant et de l’adolescent, autour de ses besoins fondamentaux et de la théorie de l’attachement. (Blachais – 2017)

*Travailler sur les effets psychophysiologiques de l’impact des traumatismes sur l’enfant.

*Prendre en charge l’enfant victime de violences intrafamiliales nécessite un réel travail d’écoute, de réflexion, de mise en mot par l’équipe lors des réunions hebdomadaires et analyses de Pratiques Professionnelles mises en place à cet effet.

*Continuer et/ou mettre en place une formation de l’ensemble des membres du personnel à la sensibilisation de l’impact des violences intrafamiliales sur l’enfant.

*Prendre en compte l’impact de la violence intrafamiliale dans ce qu’elle peut produire sur les équipes en lien direct avec l’enfant et aux prises de ses symptômes (impact émotionnel et souffrance psychique, réponses en miroir, risques de violences et de passages à l’acte de l’adulte).  

*Prendre en compte les effets des révélations sur le professionnel (communément nommé Effets de Sidération)

  1. Qui se traduisent par la banalisation ou la dramatisation des faits (« c’est rien », « de toute façon, il est foutu »)
  2. Doute sur la réalité des faits même quand ils sont évidents (« elle délire » « elle est en plein fantasme »)
  3. Déni, refus de croire à la maltraitance (« mais non, ce n’est pas possible, sa mère l’aime tellement »)
  4. Justification inadéquate des faits par des arguments socioculturels (« Une bonne claque de temps en temps, ça ne m’a pas tué », « ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort »)

 

*Porter à la connaissance de l’ensemble des personnels, les conventions internationales et européennes des droits de l’enfant ainsi que la Loi de Mars 2016.

 

*sensibiliser les professionnels au plan interministériel de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux enfants.

 

La prévention auprès des enfants :

* Les motifs de son placement seront travaillés selon leur maturité et leur développement.

*Mise à disposition des numéros des avocats pour enfants.

*Informer les enfants de leurs droits.

*Mettre en place des préventions au sujet du consentement, des secrets, des abus sexuels et de la violence.

*Affichage systématique du numéro vert 119 « Allo Enfance en Danger » dans des lieux accueillant des enfants au terme de l’article L226-8 du code de l’action sociale et des familles.

 

Les références :

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/174000173.pdf  Consensus sur les besoins fondamentaux de l’enfant - Rapport Blachais – 2017

https://www.youtube.com/watch?v=Vg04KWHWH5o Théorie de l’attachement – N. Guedeney - 2012

https://www.gouvernement.fr/argumentaire/violences-faites-aux-enfants-le-gouvernement-se-mobilise-0  Laurence Rossignol - 2017

https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/wp-content/uploads/2017/02/PlanVIOLENCES_-ENFANTS_2017-2019.pdf   Plan interministériel de lutte contre la violence faite aux enfants, 2017-2019

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000032205234&categorieLien=id Loi de Mars 2016 - Protection de l’enfant

https://www.cairn.info/revue-imaginaire-et-inconscient-2005-2-page-33.htm Martine Nisse – Cairn- 2005

https://www.onpe.gouv.fr/system/files/ao/rapport07_ovaere07.pdf Impact de la Violence conjugale sur l’enfant, ONPE- 2007

https://www.memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/mecanismes.html Mécanismes neurologiques et psychiques dans les traumatismes – Muriel Salmona – 2008

http://www.leparisien.fr/societe/enfants-martyrs-le-cri-d-alarme-de-francoise-laborde-21-09-2018-7897998.php Les enfants Martyrs. Le massacre des Innocents - M. Creoff et F. Laborde - 2018

http://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/IMG/pdf/Lettre_ONVF_8_-_Violences_faites_aux_femmes_principales_donnees_-_nov15.pdf Observatoire national des Violences faites aux Femmes - 2015

http://www.protection-enfance.org/MALTRAITANCE-__SIGNALEMENT_MODE_D_EMPLOI.php Le signalement, AVPE (association de défense de l’enfant)

http://www.colosseauxpiedsdargile.org/

http://www.innocenceendanger.org/

Cette liste est non exhaustive.

La reproduction des maltraitances familiales en MECS (extrait)

La répétition des agressions sexuelles en

Maison d’Enfants à Caractère Social

 

 

Les Maisons d’Enfants à Caractère Social semblent de magnifiques lieux de reproduction des symptômes liés aux faits d’incestes ou d’agression sexuelles entre enfants. Reproductions de scènes, gestes ambiguës ou carrément viols même dès le plus jeune âge, entre enfants. De nombreux éducateurs ne savent pas réagir face à cela et pour cause, ils assistent impuissants à la métabolisation des symptômes sur des enfants qui, s’ils ne sont pas victimes de violences sexuelles, le deviennent et reproduisent à leur tour.

Revenons sur les causes qui sont bel et bien le motif du placement, mais pas que, un enfant qui peut être placé pour négligences graves peut avoir assisté à des scènes de violences sexuelles, en être victime et que ce ne soit en aucun cas, repéré.

 

Les motifs de placements sont rarement les abus sexuels :

 

Qu’il s’agisse de violences graves, de négligences extrêmes, de violences conjugales répétées, l’abus sexuel n’est quasiment jamais une hypothèse en protection de l’enfance, sauf si l’enfant a parlé mais bien souvent, ce n’est pas vraiment pris en compte. Un juge lors d’une audience au Civil peut dire : « mais Monsieur arrêtez de regarder des films pornos devant vos enfants », propos extrêmement choquants alors qu’on sait que regarder des films pornographiques avec des enfants ou devant les enfants est bel et bien caractérisé comme un fait de Corruption de Mineur, ce Monsieur ne sera jamais mis en cause. Peut-être que l’on considère que, comme ils sont « pauvres », « démunis » et « carencés », ils ont le droit de faire comme ils le font.

La boucle est bouclée, aucune possibilité de s’en sortir pour l’enfant. Aucune véritable protection et un retour en famille inéluctable sera prononcé et ceci quoi qu’il advienne, malgré des dénonciations de fessées, malgré des accidents, malgré le mal être exprimé de l’enfant et le fait qu’il puisse répéter à tous les collègues éducateurs qu’il ne voulait plus y aller.

Car à priori, ce qui compte, ce n’est pas l’enfant, ce n’est pas l’adolescent et le futur adulte et son développement… ce qui compte c’est la famille.

Cette « belle » famille bienfaitrice qui, dans notre cas, va conduire à détruire nos enfants et leur avenir.

L’enfant en question sera certainement replacé.

C’est ainsi que des familles suivies pendant des années, continuent à reproduire sur leurs enfants ce qu’ils ont vécu, les pervertir, les abuser, sans que les services sociaux et les juges n’ordonnent de placement définitif ou de retrait d’autorité parentale.

Car les symptômes et les paroles des enfants, comme on peut le lire dans nombre d’articles et de journaux, ne sont que rarement pris en compte, considérant des « fameux conflits de loyautés » sont plus à même d’expliquer les refus de l’enfant plutôt que son réel mal-être de vivre dans sa famille.

 

La place du Psychologue en Institution :

 

Longtemps, je me suis interrogée sur l’institution et mon rôle à l’intérieur de celle-ci. Maintenant il est clair, je repère, explicite, reçoit, traduit… car le psychologue est un traducteur, un traducteur de symptômes dans la vie des adultes entourant l’enfant. Les adultes autour de cet enfant ne sont pas formés, combien de fois, je peux entendre qu’il fait « du cinéma », qu’il est « pervers », qu’elle « se victimise », qu’il ne fait « aucun effort ». Les professionnels face à ces extrêmes violences et encore plus les violences sexuelles, réduisent leur empathie. Ils ne comprennent pas, sont désorientés, n’y croient pas vraiment, sont sidérés, certains se mettent en maladie, des burn out, la souffrance des enfants est trop fortes, certains passent à l’acte, des passages à l’acte violents, d’autres sont eux-mêmes victimes et passent à l’acte au niveau d’agressions sexuelles et enfin, certains et ils sont en plus grand nombre restent dans le déni malgré les explications, les clarifications, le contexte exposé, les tentatives de pensée et de réflexion se bloquent. Combien de fois entendrons nous dire en réunion : C’est un enfant qui fait du cinéma ! Il exagère ! Mais oui, il se fout de notre gueule ! Car toute la question est là : Pourquoi se moquerait-il de l’éducateur ?

Notre rôle de psychologue n’est pas moindre et notre formation devrait être essentiellement basé sur les psychotraumatismes, car les enfants que nous suivons les plus difficiles et ils le sont de plus en plus pas par rapport à avant, par rapport à un contexte autour d’eux de moins en moins violent. Moins de violence autour des enfants, à l’école, à la maison, dans les activités, la vie quotidienne, plus les autres enfants paraissent plus violents. Plus de prévention, plus de révélation !

Les enfants que nous suivons sont victimes de Traumatismes Complexes, souvent avec plusieurs causes associées.

**Passages à l’acte violents : Violences conjugales, violences physiques, maltraitance psychologique,

Passages à l’acte sexuels : Victimes de viols ou témoins

Agressions sexuelles, exhibition, masturbation, mimer l’acte sexuel, mots à connotation sexuelles : Agression sexuelle, corruption de mineurs à caractère sexuel…**

Le psychologue dans l’institution doit expliquer, clarifier, amener l’empathie face à la résistance et faire considérer des gestes, des actes et des façons d’agir comme des symptômes de la maltraitance, physique, psychologique et sexuelle.

Le symptôme doit être considéré comme une preuve de ce que l’enfant a vécu et ne doit pas être sanctionné. Ce qui touche réellement nos constructions du monde. Un enfant qui vole un bonbon est-il un délinquant ? Ou aurait-t-il eu l’exemple qu’on peut voler dans un magasin ? Le lui demander serait le premier réflexe à avoir. L’aider à réparer comme simple sanction. Des excuses, ramener l’objet, la réparation devrait être la seule sanction à mettre en œuvre avec les enfants.

 

 

 

 

Les violences sexuelles en question :

 

En France, 22.6 % des femmes et 8.7% des hommes ont été victimes d’agressions sexuelles qui ont marqué toute leur vie et la marqueront jusqu’à leur mort. Chiffres révisés et revus à la hausse lorsque l’OMS a épinglé la France en matière de droits de l’enfants et qui, correspondent aujourd’hui aux chiffres mondiaux. Les chiffres étaient sous-estimés jusqu’en 2016. La France est considérée par l’OMS et L’UNESCO comme le mauvais élève en matière de Protection et de Droit de l’Enfants.

L’idéalisme judéo-chrétien « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne » repris tel quel dans le code civil Article 371 du Code civil 1 : « L'enfant, à tout âge, doit honneur et respect à ses père et mère. » : l'idéologie familialiste s'enracine dans les profondeurs de la civilisation judéo-chrétienne.

En effet, culturellement, les enfants en France sont considérés par la Psychanalyse et par l’histoire de France comme étant un pays libre ayant même tenté de légaliser la pédophilie au nom de libre choix de sa sexualité dans les années 70. Un manifeste était alors paru signé par les plus grands hommes politiques comme Jack Lang, soutenu alors par Libération et le Monde qui se sont aujourd’hui excusés. Ce manifeste sera en annexe de ce document.

Moscovici, grand psychiatre dans les années 80 et grand chef de la psychanalyse ne reconnaissait pas les faits d’incestes considérés comme provenant du seul fait des petites filles amoureuses et fantasmant sur leur père, ces derniers considérés alors victimes (les pauvres hommes) des tentatives de séduction de leur progéniture.

 

Cette interview de Françoise Dolto à la revue « Choisir », bien que datée, en est une illustration :
  - Revue Choisir - Mais enfin, il y a bien des cas de viol ?
  - Dolto - Il n'y a pas de viol du tout. Elles sont consentantes.
  - Revue Choisir - Quand une fille vient vous voir et qu'elle vous raconte que, dans son enfance, son père a coïté avec elle et qu'elle a ressenti cela comme un viol, que lui répondez-vous ?
  - Dolto - Elle ne l'a pas ressenti comme un viol. Elle a simplement compris que son père l'aimait et qu'il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l'amour avec lui.
  - [...]
  - Revue Choisir - D'après vous, il n'y a pas de père vicieux et pervers ?
  - Dolto - Il suffit que la fille refuse de coucher avec lui, en disant que cela ne se fait pas, pour qu'il la laisse tranquille.
  - Revue Choisir - Il peut insister ?
  - Dolto - Pas du tout, parce qu'il sait que l'enfant sait que c'est défendu. Et puis le père incestueux a tout de même peur que sa fille en parle. En général la fille ne dit rien, enfin pas tout de suite.

 

Le procès d’Outreau qui alimente le fait que des enfants puissent mentir sur des faits de cette gravité. Alors qu’on sait par ailleurs que les enfants ont réellement été victimes, que le procès s’est déroulé comme si les enfants avaient été accusés et même symboliquement placés physiquement du côté des coupables. Pourtant les treize enfants avaient des traces bien physiques d’abus sexuels mais nous n’avons retenu que les non lieux.

 

Il fallut aussi attendre 1985 pour la reconnaissance du viol comme un crime. (« Le Viol du Silence »). Aujourd’hui, le déni autour de cette question est flagrante même si elle est une priorité nationale pour les conséquences graves qu’elle provoque. (CF. : Shiappa et la loi sur le consentement de la victime en est encore une fois la preuve).  

 

Les chiffres dans la MECS où je travaille : 80 % de faits repérés, 20 % qu’on ne connait pas ! Car quand le personnel n’est pas formé à ce travail, on ne peut voir les passages à l’acte comme des symptômes et même parfois quand on l’est. Difficile dans un premier temps d’exploration de poser l’hypothèse de l’abus sexuel ou de la grosse maltraitance et pourtant... A minima les professionnels devraient considérer les symptômes comme une preuve de :  

  • Violence physique
  • Violences sexuelles
  • Violences du couple conjugal
  • Négligences graves

 

 

Les faits se passent généralement dans 95% des cas dans le cercle familial. Grand-père, père, mère, grand frère, oncle, amis de la famille et communauté.

 

 

Les abus sexuels frappent l’enfant de plusieurs conséquences à très long terme parfois même comme des bombes à retardement :

 

L’inceste a ceci de spécifique par rapport aux autres violences qu’il est impossible à l’enfant ou l’adolescent de fuir ou d’éviter le passage à l’acte.

Afin de fuir ou éviter, le cerveau n’a d’autre choix que de se protéger. C’est ainsi que naissent les traumatismes. L’enfant, sous terreur même si les gestes ne sont pas violents, ne peut pas dire « Non », il est sous emprise, sous autorité qu’il ait 4 ans ou 15 ans.

L’abus sexuel a ceci de spécial qu’il est l’œuvre d’un adulte proche en qui l’enfant devrait pouvoir faire confiance dans 90 %. Il est professeur, prêtre, père, mère, frère ou beau-père, … il devrait de fait ne pas être dangereux.

L’intérieur devient le danger. Le besoin vital de sécurité ne peut plus jamais être atteint qu’il se reproduise ou pas, l’enfant devient prisonnier de son silence. Il est prisonnier de l’acte commis par la personne de confiance, l’ami de la famille ou même ses parents, parfois témoins consentants ou complices.  Il est ainsi important que l’enfant puisse en parler.

L’abuseur est plus rarement le pédophile dans le jardin d’enfant avec les bonbons…

Les chiffres sur les athlètes de haut niveau sont éloquents (17%), les interventions du Colosse aux pieds d’argiles en est encore une fois la preuve. L’abus sexuel n’est pas l’œuvre d’un étranger, il est aussi éducateur sportif, éducateur, veilleur de nuit et j’en passe.

 

Les enfants abuseurs ne sont que le résultat d’enfants qui eux-mêmes auraient vécu des faits d’abus sexuels, de confusion de type incestueux, pris dans des enjeux parentaux souvent violents et qui auraient vécu des scènes de nature à les corrompre.

Dans les maisons d’enfants, les mêmes enfants victimes deviennent à leur tour agresseur. Ils reproduisent leur vécu considéré comme leur norme et souvent, sidèrent les adultes éducateurs, cuisiniers, maitresses de maison par leurs comportements transgressifs. Dire stop à ces comportements et leur expliquer que personne n’a pas non plus à le faire serait le début de la résilience.

 

 

Le Psychotraumatisme :

 

L’impact des violences sexuelles sont psychologiques et neurobiologiques :

*On sait depuis quelques années maintenant (2013) qu’il y a des modifications anatomiques visibles sur certaines aires corticales (épaisseur diminuée qui correspond aux zones somato-sensorielles des parties du corps ayant touchées des zones lors des violences).

*Altération du gène NR3C1 impliqué dans le contrôle des réponses aux stress et de sécrétion des hormones de stress.

Les mécanismes psychotraumatiques sont à l’origine :

*D’une dissociation entraînant une anesthésie émotionnelle (trouble de la conscience).

*D’une mémoire traumatique, bombe à retardement avec réminiscences intrusives faisant revivre les violences sans fin. Même souffrance à l’infini et même détresse que lors du trauma.

*D’une hypervigilance, de conduites de contrôles, d’évitements, et de conduites à risques qui sont des stratégies efficaces pour échapper à la mémoire traumatique.

A l’origine des troubles cognitifs, troubles du comportement, de l’alimentation, du sommeil, de la personnalité, sont des conséquences normales et spécifiques, des traumatismes.

*Souffrance psychique très important, 9/10 sur l’échelle de la souffrance en autoévaluation.

En effet, échapper à un risque vital induit une réponse émotionnelle dépassée et non contrôlée par un psychisme en état de sidération.

La sidération est une disjonction du circuit émotionnel lors d’un survoltage par stress extrême et est à l’origine d’une mémoire traumatique, de troubles dissociatifs, et d’une anesthésie psychique et physique qui vont être responsables des symptômes les plus graves des psychotraumatismes et d’une grande souffrance.

 

Connaitre les conséquences des violences et abus sexuels sur les enfants :

*Permet de mieux comprendre les victimes,

*Leur comportement, 

*Les accueillir et conduire un entretien,

*De mieux évaluer les conséquences des traumatismes,

*De mieux accompagner, aider et orienter,

*De prendre en charge,

*De mettre en place des soins spécifiques.

La prise en charge doit être rapide et montre son efficacité car le risque est l’apparition de la mémoire traumatique, réminiscence des violences qui constitue une preuve des traumatismes vécus.

 

Les réponses émotionnelles traumatiques :

* trauma provoque une sidération et une paralysie psychique.

*L’activité corticale se bloque. Elle ne peut éteindre la réponse émotionnelle.

*Réponse émotionnelle devient extrême. Sécrétion trop intense d’adrénaline et de cortisol.

*Survoltage avec risque vital (cardiaque et neurologique).

*Disjonction de la réponse émotionnelle et isolation de la fonction de l’amygdale cérébrale (responsable des émotions) avec sécrétion de la morphine et de la kétamine. L’amygdale fonctionnelle ne peut plus commander une réponse émotionnelle.

La sécrétion des hormones entraine l’arrêt du risque vital et l’installation d’une anesthésie émotionnelle et physique.

*La disjonction déconnecte l’amygdale du cortex et de l’hippocampe (non intégration du traumatisme en souvenir, impossible apprentissage). L’amygdale ne reçoit plus d’information émotionnelle mais les stimulis traumatiques continuent d’agir en provoquant une dissociation (sensation d’étrangeté, confusion,…).

*L’amygdale devient alors hypersensible et transmet des informations « fantômes » qui vont produire des flash-backs et ainsi activer des réponses émotionnelles de stress avec sensation de danger imminent.

 

« La vie devient un terrain miné avec un sentiment d’insécurité permanent ».

 

Signes : Stratégie d’évitement, Retrait social et affectifs, phobies, obsessions, peur de tout changement, intolérances au stress, troubles du sommeil et troubles cognitifs.

Lorsque cela ne fonctionne pas : Face au stimulis, disjonction qui va produire du stress, et qui va, de façon identiques du fait de l’hypersensibilité, se traduire dans le cerveau en risque vital.

Soit se produit une :

                *Disjonction spontanée : Anesthésie émotionnelle et physique avec dissociation

                *Disjonction provoquée : Par la consommation de substances ou des conduites à risques qui conduisent à une solution transitoire :

- Recréer le survoltage par les conduites à risques

- Déconnexion like : Cannabis, alcool, hallucinogènes, psychostimulants qui sont des solutions efficaces pour échapper à la souffrance mais qui aggravent la mémoire traumatique et conduisent à des symptômes dissociatifs (sentiment d’être fou).

 

Le traumatisme a des effets et des conséquences catastrophiques sur la vie de couple et la famille.

 

 

Traitement psychothérapique :

Eviter le risque suicidaire (très largement supérieur), éviter les violences, et éviter d’allumer la mémoire traumatique et la très grande souffrance qu’elle entraîne, et ainsi limiter les conduites à risques.

  1. Mettre en sécurité l’enfant et le sortir du contexte
  2. Traitement efficace pour soulager les souffrances psychiques
  3. Traitement efficace pour soulager les souffrances physiques
  4. Traitement pour éviter les montées de stress trop importantes
  5. Expliquer les mécanismes neurobiologiques et toutes les informations nécessaires pour les psychotraumatismes
  6. Traitement psychothérapique :

*Remédiation cognitive (type emdr mais pas que, toute remédiation cognitive est efficace).

*Renarcissisation de l’enfant, de l’adolescent et du jeune adulte.

*Expliquer les mécanismes mis en œuvre par l’agresseur (génogramme, histoire familiale…).

*Les agresseurs doivent se faire soigner et traiter.

*Un Accompagnement social, associatif et juridique est essentiel afin de travailler en réseau, le professionnel doit avoir connaissance du droit pénal, civil, du travail, de la sécurité sociale (soins gratuits pour les victimes d’agressions sexuelles sur mineurs),

*Toutes autres aides possibles comme l’accès à d’autres structures.

 

Il existe deux types de stress post traumatiques

Type 1 : Apparition des symptômes après l’exposition à un traumatisme

Type 2 : Apparition des symptômes suite à l’exposition au traumatisme de façon répétée.

Le DSM (psychiatrie de référence) étudie l’apparition dans son référent du concept de Traumatismes complexes dont souffre les enfants placés.

 

Les conséquences sur l’enfant, l’adolescent et l’adulte :

 

1/Les conséquences sur le développement de la personne :

*Le développement de la personne dont le développement psychologique, social, sexuel et scolaire peuvent être compromis.

*Les sentiments destructeurs avec la honte, la culpabilité, le sentiment de solitude et l’insécurité angoissante.

*Les comportements de survie : Comportements de dépersonnalisation, de dissociation du corps, qui servent à protéger les personnes les blessures les plus graves.

*Les abus sexuels tout comme les maltraitances psychologiques, physiques ont des impacts plus ou moins marqués sur la personne notamment dans la capacité à faire confiance en la mère ou son substitut. Plus les traumatismes sont précoces et plus le développement de cette confiance est entravé. Un enfant abusé dès son plus jeune âge développe un difficilement un sentiment de pouvoir être protégé.

*La victime est dans l’impossibilité de trouver une personne ressource autour d’elle et en général se retrouve seule avec son secret.

L’enfant a besoin du regard bienveillant de l’adulte pour se construire, il a besoin d’être porté par le regard d’adultes bienveillants.

*Il va développer dans le cas de maltraitances et d’abus sexuels une incapacité à être à l’écoute de ses émotions et de ses besoins. Son parent qui aurait dû le protéger en fait un objet, l’enfant perd toute possibilité de s’exprimer, de refuser, de s’opposer. Il apprend donc à considérer ses émotions et ses réactions comme dangereux. Il ne peut donc développer aucune estime de lui-même. Le droit même à avoir une existence est entravé et ils engramment que les adultes ne sont pas digne de confiance lorsque ceux-ci ne les ont pas protégé. Il devient difficile de faire face aux difficultés de leur vie. Ce qui a pour conséquence de multiplier les échecs supérieurs à leur réussite et participe à bloquer leur développement.

*Pour les apprentissages scolaires et professionnels, les enfants abusés sont trop préoccupés pour se rendre disponible intérieurement pour quelconque apprentissage. Les angoisses occupent une majeure partie de leur cerveau. Leur mauvaise estime et confiance en eux se répercutent sur leur capacité à apprendre et s’investir.

*Les habiletés sociales sont entravées par le fait d’avoir été isolé de par leur secret.

*Sexuellement, leur épanouissement sexuel va souvent être en échec et peuvent se développer une vie sexuelle dite « délinquante », conduites à risques, prostitution, viols à répétitions. Dans ces cas-là, il faut reconnecter l’individu à ses émotions et ses besoins, ses sensations et les négociations.

*Le sujet est aussi en proie à des sentiments et des émotions caractéristiques de l’abus sexuel, notamment la honte et la culpabilité. En effet, l’enfant sait d’instinct que les abus sexuels ne sont pas normaux, il se retrouve symboliquement enfermé dans une prison d’où l’intérêt de la formation et de reconnaitre les symptômes de cette détresse. La honte va perdurer une fois adulte. Il est très important de pouvoir se libérer pour la vitalité de la personne.

L’enfant culpabilise car il se sent responsable de ce qui lui arrive (c’est le cas des violences ), il associe rapidement la plaisir à la culpabilité et  notamment par le fait d’autoaccusations (le fait d’avoir des conduites violentes…).

L’enfant se sent seul et en insécurité permanente, car vulnérable et impuissant et sans personne sur qui compter si elle est dans un milieu carencé et maltraitant.

 

2/Les signes de l’enfant abusé et maltraité :

*L’hyperresponsabilité est aussi un symptôme de l’abus sexuel, et va se traduire à l’âge adulte par un grand besoin de reconnaissance. Un comportement qui ira parfois jusqu’au burn-out ou la dépression.

L’adulte se met souvent dans une quête d’amour, cette quête est en lien avec une pauvreté du sentiment de valeur personnelle.

*la dépersonnalisation : Les enfants et adolescents s’inventent des familles imaginaires, et nourrissent d’illusion qu’ils sont entourés d’affection et d’attention.

*La dissociation : lorsque la souffrance est insupportable, la dissociation e’st un mécanisme de survie et l’imaginaire prend la place de la réalité afin d’apaiser la douleur. La dissociation reste un mécanisme du cerveau complètement inadapté car en effet, faire face à la réalité devient impossible.

Quelques exemples de symptômes :

Passages à l’actes sexuels, reproduction de l’acte sexuel, mimes, exhibitions,

Enurésie, encoprésie,

Fugues,

Consommations,

Troubles alimentaires

Crises, phobies…

 

Le trouble de développement traumatique est décrit dans le tableau suivant :

A. Exposition :
1. Maltraitances diverses : abandon, trahison, agressions physiques, agressions sexuelles, menaces à l'intégrité corporelle, pratiques coercitives, violence psychologique, être témoin de violence ou de mort.
2. Expériences subjectives négatives : rage, trahison, peur, démission, défaite, honte.

B. Dysrégulation des réponses aux signaux traumatiques (durables, répétées, non modifiées par la conscience) :
- Tr émotionnels
- Tr somatiques
- Tr du comportement (p. ex., répétition, automutilation)
- Tr cognitifs (attente d'une répétition des événements traumatiques, confusion, dissociation).
- Tr relationnels (violence, opposition, méfiance, hyperconformisme).
- Honte, culpabilité.

C. Attentes et croyances erronées :
- manque de confiance en soi
- méfiance envers les éducateurs
- méfiance envers les autres
- manque de confiance envers les organismes sociaux
- manque de confiance dans la justice
- attente d'autres événements traumatiques.

D. Perturbations :
- scolaires
- familiales
- relationnelles
- judiciaires
- professionnelles

 

La sanction :

 

La sanction pour un comportement inapproprié ne peut être une solution. Le laxisme car l’enfant a souffert n’est pas non plus une solution. L’éducateur doit toujours avoir en tête l’enfant ou l’adolescent dont il s’occupe, le porter du regard, le regarder exister et le valoriser.

Cet enfant, adolescent et jeune adulte a besoin peut-être plus que les autres de vivre dans un cadre rassurant, Il doit vivre en sécurité, c’est même le premier besoin fondamental pour un bon développement. Pour autant, ce cadre ne garantit pas que l’enfant ne passe pas à l’acte. Le passage à l’acte est le symptôme même de la maltraitance, de l’abus vécu.

Souvent, lorsque je dis aux éducateurs de ne pas punir les enfants, ceux-ci se sentent verrouillés, ils se sentent démunis. Ils commencent à perdre du pouvoir sur l’enfant. L’éducation n’est pas une question de pouvoir ou de puissance, de peur, ou de dressage.

L’éducation c’est maintenir le cadre sans pour autant user de son pouvoir. L’autorité n’est pas l’autoritarisme et le lien rassurant fera que l’enfant se conformera à la norme par besoin. Le traumatisé complexe ne pourra pas se conformer, parfois, on leur demande des choses dont ils ne sont pas capables comme par exemple une scolarisation malgré des symptômes handicapants.

Lorsqu’un enfant déborde le cadre, casse tout, par exemple… peut-être serait-il plus judicieux de lui dire « je sais que ce que tu as fais dans la colère, je sais que ce n’est pas vraiment dirigé contre moi et l’institution, je le sais et tu ne dois pas avoir honte. Ne t’inquiète pas, je ne reproduirai pas ce que tu as vécu, compte sur moi. Je sais que tu vas vérifier. Par contre, quand tu le souhaites, tu sais bien que tu peux réparer le tort que tu as fais et je vais te demander de réparer le mur cassé, l’insulte envers un camarade…» ainsi l’enfant engramme qu’il n’a pas à avoir honte et qu’il peut réparer pour ne pas culpabiliser qui sont les deux sentiments qui résultent des abus sexuels et déjouent la destruction dont ils ont été l’objet.

L’idée est que l’enfant et l’adolescent ne doit pas faire l’objet d’une sanction (punition) amenant chez lui un sentiment d’humiliation, de honte et de peur au risque de la reproduction reproduisant les mêmes effets que le traumatisme. L’effet du cri sur l’enfant en est une belle preuve.

Un enfant maltraité ou abusé qu’on assoit de son pouvoir aura plus de risque de reproduire les passages à l’acte et de devenir un adulte violent, abuseur, délinquant et/ou toxicomane. En effet, il pensera que pour vivre dans ce monde, il faut avoir le pouvoir, la fameuse toute puissance dont l’adulte fait preuve sur lui.

 

Conclusion :

 

Le signalement et le repérage de ces troubles sont essentiels dans le cas d’un enfant placé. Dès qu’il y a présence des symptômes et des signes évoqués plus haut, l’hypothèse de l’abus sexuel doit être avancé.

Il pourra soit être « écarté provisoirement », soit confirmé. Dans le cas, d’une confirmation, un signalement est envoyé au Procureur, systématiquement, même si l’enfant a déjà parlé plusieurs fois.

L’enfant doit avoir un avocat si possible formé à cela et le signalement ne doit pas être exposé à la famille. Une demande de retrait des droits doit être demandé pour ces faits. Il ne devrait plus y avoir de visites qui sont le lieu où l’enfant continue à être sous terreur et sous emprise, confronté à ses traumatismes.

L’adulte de confiance, l’éducateur, le directeur et la psychologue doit soutenir l’enfant dans son refus d’aller en visite et ne doit pas forcer l’enfant à aller voir son parent ou le membre de la famille accusé.

 

 L’enfant pourrait être demandeur, afin de maintenir l’emprise et le secret ou aller voir une personne en insécurité.

Cela se nomme le Syndrome de Stockholm : Le syndrome de Stockholm est un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d'empathie, de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci, selon des mécanismes complexes d'identification et de survie.

 

Une mise en place de travail de réseau devrait alors se mettre en place afin de soutenir l’enfant dans ses révélations (service AEMO Spé, ASE, PJJ), dans l’expression de ses symptômes, et si un parent, un ami, une personne de soutien avec un lien d’attachement sécurisant est présente, l’intégrer dans une prise en charge soutenante afin de privilégier ce lien.

Rendre l’abus sexuel possible et réel pour l’adulte professionnel, c’est rendre à l’enfant la possibilité de pouvoir parler à cet adulte. L’enfant ne parlera que peu, par peur, mais quand il le fait, il le fait en début de placement. Il doit être reçu rapidement et ne devrait plus avoir de lien avec sa famille dans les trois semaines de son arrivée, malgré le choc du placement.

Le fait que les professionnels, juges, adultes de référence, éducateurs, psychologues, psychiatres ne repèrent pas les symptômes et ne les reconnaissent pas comme tels, conduit l’enfant, l’adolescent et le jeune adulte à multiplier les passages à l’actes qui sont parfois de réelles reproductions de ce qu’ils ont vécu.

Loin de devoir sanctionner, mettre du sens, nommer le normal et l’illicite, permet à l’enfant de se constituer un cadre interne au fil des années et lui permettra ainsi un mieux être à l’âge adulte.

Car derrière un enfant tout puissant, se cache un parent abuseur, maltraitant. L’enfant ne fait que s’identifier au plus fort, de victime, il peut passer agresseur.

 

L’enfant n’est jamais placé parce qu’il est « méchant », « pas gentil », mais parce qu’il est le résultat de l’éducation carencée, maltraitante et/ou parfois malveillante de leurs parents, dans leur famille ou/et leur entourage. L’enfant est souvent placé à la suite d’une multiplication de passages à l’acte qui conduit à l’expression de traumatismes subis, parfois dès le plus jeune âge et qui, souvent, constituent un faisceau de preuve du fonctionnement du contexte familial.

 

Chrystelle Promet

Psychologue en institution depuis 14 ans